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Le marché de l’emploi en Algerie

dimanche 15 mai 2005, par Stanislas

Quelle est la réalité du chômage en Algérie sachant que le phénomène est différemment apprécié par les uns et les autres ?

Des thèses différentes
Officiellement, le taux de chômage est de 17,7 %, selon une enquête réalisée par l’Office national des statistiques entre octobre et novembre 2004 avec comme période de référence la première semaine de septembre 2004, auprès de 13 013 ménages ordinaires répartis sur le territoire national. Mais de l’avis du Chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, « si l’Algérie appliquait les bases de calcul du taux de chômage en vigueur dans les pays de la région, le taux serait alors de 13 % seulement ». Pour le ministre de l’Emploi et de la Solidarité nationale, Djamel Ould Abbas, « les statistiques concernant le chômage ne sont pas toutes fiables parce qu’elles ne tiennent pas compte de l’informel qui fausse toute la comptabilité publique ».
Les partis de l’opposition estiment, quant à eux, que le taux de 17 % est loin de refléter l’ampleur du phénomène.
Selon eux, la plupart des emplois créés, ces dernières années, sont temporaires et précaires.

Quoi qu’il en soit, le Bureau international du travail pourrait revoir à la baisse le taux officiel de 17,7 %.
Dans une déclaration à l’agence AAI, un de ses experts, Mohammed Musette, a révélé que le taux, qui a le plus de chances d’être retenu, est celui de 13 %, car, selon lui, l’enquête de l’ONS n’a pas pris en considération « certains éléments ». Tout en signalant que le BIT a réalisé une enquête en 1997 qui a révélé un taux de chômage de 17,3 % en Algérie, Mohammed Musette s’est dit étonné par les résultats de l’enquête de l’ONS.

« Cela pose problème, car entre 1997 et 2004, peut-on accepter une augmentation du chômage alors qu’il devait y avoir une baisse ? », s’est-il interrogé tout en expliquant que « le taux ne peut que baisser en raison des investissements qui ont été réalisés depuis et du plan de relance économique qui a été lancé ». « Donc, le taux de 17,7 % me semble supérieur à celui réel qui doit se situer entre 12 et 14 %», a-t-il ajouté. Il y a lieu de signaler que la population active est estimée à 9 millions.

Le chômage, selon le BIT
Selon le Bureau international du travail (BIT), le taux de chômage est la proportion du nombre de chômeurs dans la population active. Est chômeur toute personne âgée de 15 ans ou plus, n’ayant pas travaillé ne serait-ce qu’une heure durant une semaine de référence, disponible pour prendre un emploi dans les 15 jours et cherchant activement un emploi ou en ayant trouvé un qui commence ultérieurement.
Selon la définition du BIT, un chômeur n’est pas forcément inscrit au niveau d’un organisme d’emploi. S’agissant de la population active, elle regroupe les chômeurs et la population active occupée, qui comprend les personnes âgées de 15 ans ou plus ayant travaillé ne serait-ce qu’une heure au cours d’une semaine de référence, qu’elles soient salariées, à leur compte, employeurs, aides dans l’entreprise ou l’exploitation familiale ou pourvues d’un emploi, mais qui en sont temporairement absentes pour un motif tel qu’une maladie (moins d’un an), des congés payés, un congé de maternité, un conflit du travail, une formation, les intempéries... Les militaires, les apprentis et les stagiaires rémunérés effectuant un travail font également partie de la population active occupée, selon le BIT.

2 millions d’emplois d’ici à 2009
Le gouvernement s’est fixé comme objectif 2 millions d’emplois d’ici à 2009. Projet trop ambitieux ? Il semble que non, vu le nombre d’emplois créés ces dernières années : 2,3 millions entre 1999 et 2003. Mais au-delà de ces chiffres grisants, dans quelle mesure la crise du chômage est-elle résorbée ou promet-elle de l’être ?

L’objectif de deux millions d’emplois à créer d’ici à 2009 contenu dans le programme quinquennal complémentaire du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, sera-t-il atteint ? Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité nationale, Djamel Ould Abbas, n’en doute pas : « L’argent est disponible, la volonté politique existe et il ne reste que la technicité qu’on pourra avoir en faisant appel aux compétences nationales dans tous les domaines », a-t-il affirmé récemment lors d’une rencontre avec les directeurs généraux d’organismes d’aide et de soutien à l’emploi des jeunes.

Avec les 95 milliards de dinars dont a bénéficié son secteur dans le cadre du programme de soutien à la croissance économique, Djamel Ould Abbas compte « atteindre, voire dépasser les 2 millions d’emplois ». Cela est « jouable » selon lui, d’autant que son département a réussi à créer, l’année dernière, par le biais des dispositifs d’emploi qu’il gère, pas moins de 405 883 emplois avec un budget de 22,8 milliards de dinars. Même s’il reconnaît que ces emplois sont temporaires, le ministre de l’Emploi ne manque pas de souligner qu’à l’échelle internationale, « l’Organisation internationale du travail a des normes selon lesquelles des emplois temporaires correspondent à des emplois équivalents/ permanents ».

De l’avis de certains experts, l’Algérie peut aspirer à créer plus de 2 millions d’emplois permanents dans les prochaines 5 années à condition que la cadence des investissements s’accélère et que les dispositifs d’emploi soient davantage assouplis. De même, ils recommandent des mesures incitatives à l’embauche pour les entreprises comme cela se fait dans un grand nombre de pays du monde.
Ce qui est certain, c’est que les grands chantiers déjà lancés ou qui le seront incessamment par certains départements ministériels à l’image de celui des travaux publics créeront un nombre important de postes d’emploi.
Sur ce registre, et selon les prévisions du ministère de l’Agriculture et du Développement local, le secteur de l’agriculture, qui a bénéficié d’une enveloppe de 300 milliards de dinars dans le cadre du programme de soutien à la croissance économique, est à même de générer quelque 1 399 000 emplois, dont 419 000 permanents.

Des dispositifs gouvernementales « qui ne font pas vivre »
Griefs Les critiques vis-à-vis des dispositifs d’emploi gérés par le ministère de l’Emploi ne manquent pas. Pour les uns, « ces dispositifs font beaucoup plus dans l’assistanat et le social que dans la création d’emploi ». Pour les autres, « ils n’ont été mis en place que pour faire croire à une volonté de l’Etat de résoudre le problème du chômage auquel sont confrontés des milliers de citoyens ».
Moins critiques, les bénéficiaires estiment que les indemnités qui leur sont versées sont insignifiantes.
« Dites-moi franchement ce qu’on peut faire avec 3000 dinars par mois ? Cela couvre à peine mes frais de transport », affirme, à ce propos, Abderrahmane, agent de sécurité, dans le cadre du dispositif Indemnité d’activité d’intérêt général, dans une école primaire à El-Biar « Pour tout vous dire, je fais semblant de travailler et on fait semblant de me payer ! », ajoute-t-il. L’Iaig ne fait pas vivre, pourtant, elle coûte à l’Etat annuellement 4,320 milliards de centimes ! Avec une telle somme, des dizaines d’entreprises peuvent être créées et des centaines d’emplois permanents générés, estiment des spécialistes.

Pour sa part, Nacéra, licenciée en traduction, employée dans un organisme public depuis bientôt 8 mois dans le cadre des Contrats préemploi, pense qu’elle travaille « juste pour avoir mon argent de poche et ne pas rester à la maison ». Et de poursuivre : « 6 000 DA, c’est mieux que rien, c’est vrai. Mais quand je pense que j’ai passé la moitié de ma vie sur les bancs de l’école pour, en fin de compte, travailler pour un salaire pareil, je me dis que cela ne vaut vraiment pas la peine que je continue ». Elle nomet pas de faire remarquer : « Franchement, je me considère toujours au chômage. » Selon des sources proches du ministère de l’Emploi, la question de l’augmentation du montant des indemnités versées aux bénéficiaires des dispositifs d’emploi n’est pas d’actualité.

Malgré tout, la demande sur les Contrats préemploi et autres indemnités d’activité d’intérêt général demeure importante, de loin plus importante que l’offre. A titre d’illustration, le nombre de demandes de préemploi déposées auprès de l’Agence nationale de l’emploi a été de 308 486 à la fin du premier trimestre de l’année dernière, pour une offre annuelle ne dépassant pas les 60 000 postes. Par ailleurs, de nombreux chômeurs se plaignent des pratiques de certains responsables chargés de la gestion des dispositifs au niveau local. « Ils ne recrutent que leurs proches et les filles ! », dira à ce sujet Chafik, 28 ans, au chômage depuis 3 ans.

Par Kamel Imarazène, infosoir.com