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Un sursis pour les sachets noirs

mardi 29 mars 2005, par Salim

En Algérie, encore une fois, l’argument économique a prévalu sur l’argument écologique pour reporter une mesure, l’interdiction des sachets noirs, qui était pourtant justifiée par la nécessité de protéger « la santé de l’enfant, de la mère et du citoyen d’une manière générale ».

L’avis aux producteurs et/ou importateurs de matières premières et de sachets plastiques destinés au contact alimentaire, porté à la connaissance du grand public par des spots à la télé et à la radio et par des pages publicitaires dans certains journaux, a été finalement jeté dans la corbeille à papier après la protestation des opérateurs économiques concernés par cette mesure.

L’incohérence et l’inefficacité de la politique de protection de l’environnement dans notre pays sont apparues au grand jour après ce recul imposé au ministère chargé de l’environnement par les industriels qui fabriquent les sachets en plastique noirs. Ces sachets sont-ils un « danger pour la santé publique » ? Si oui, comme l’affirment les responsables du ministère chargé de l’environnement, pourquoi surseoir à leur élimination et maintenir ainsi le risque sur les consommateurs ? Si, par contre, le danger n’est pas aussi pressant, pourquoi dire le contraire, affoler les consommateurs et se précipiter à vouloir éliminer les sachets noirs ?

En Chine, le gouvernement municipal de Pékin a pris un décret limitant la vente et l’usage des sacs plastiques et les contenants en polystyrène, afin d’améliorer la protection de l’environnement. Ils ne sont plus autorisés à la vente ou à l’usage. Pour les remplacer, on encourage la vente et l’usage de sacs en papier, tissu ou tout autre matériau de recyclage. Ces sacs en plastique sont bannis des gares ferroviaires et routières, des aéroports, des hôtels, restaurants, points touristiques de la capitale. Les contrevenants sont taxés d’amende.

Chez nous, l’incohérence de la politique de l’environnement se situe également dans les autorisations délivrées aux industriels qui se sont lancés dans la fabrication de sachets noirs en plastique alors que l’étude d’impact, obligatoire depuis le décret de 1990, aurait dû conduire à empêcher ce type d’activité nuisible pour l’environnement et la santé, même si elle a été créée dans le cadre de l’emploi des jeunes. Le recours à l’argent du Fonds pour l’environnement et la dépollution (FEDEP) pourrait aider les fabricants de sachets noirs à se reconvertir dans les sachets alimentaires.

Deux structures sont particulièrement concernées par l’opération d’élimination de l’utilisation des sachets noirs : le Centre algérien de contrôle de la qualité et de l’emballage (CACQE) et le Comité national de protection sanitaire contre le risque toxique. Le CACQE a pour mission de vérifier et contrôler la qualité des produits et des emballages mis sur le marché. Il a été chargé par le gouvernement de veiller à rendre le sachet en plastique conforme aux normes.

Quant au Comité national de protection sanitaire contre le risque toxique, il a pour mission l’élaboration de la politique de prévention et de protection des citoyens contre les nuisances liées à l’utilisation des produits chimiques. Une telle structure répond aux engagements pris par l’Algérie qui a adhéré aux principales conventions internationales relatives au risque lié aux produits chimiques.

La première tâche de ce comité est d’établir les faits concernant le risque toxique en Algérie. Cela commence par un inventaire exhaustif des quantités de matières et produits chimiques dangereux dont la liste a été établie par décret selon les recommandations de l’ONU et des accords internationaux. Ce décret renforce et organise les procédures de contrôle des activités qui mettent en œuvre des matières et produits chimiques dangereux. Le Comité national de protection sanitaire contre le risque toxique est chargé de classer les risques de pollution par les produits chimiques dangereux en identifiant l’impact par polluant et en tenant compte des modes d’action et des voies de transfert des polluants dans l’environnement ainsi que des phénomènes de bioaccumulation et des effets à long terme.

Dans ce sens, les industriels, y compris les producteurs de sachets noirs, sont amenés à fournir au comité les données sur la dangerosité des produits chimiques, souvent pourvues d’une forte écotoxicité, qui sortent de leurs usines. L’inventaire et le classement des risques permettront un suivi efficace de l’emploi des produits chimiques et faciliteront l’application de la réglementation concernant les effluents et rejets contenant des substances chimiques dangereuses.

Le comité pourra prendre, en cas de besoin, les mesures urgentes d’interdiction, en application du principe de précaution. C’est ce qui aurait se passer pour les sachets noirs. Au contraire, la mesure est reportée jusqu’à la fin de l’année, comme si l’effet cancérigène d’un produit pouvait attendre jusqu’à cette échéance.


Par M’hamed Rebah, lanouvellerepublique.com