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Carte bancaire : L’Algérie à la traine

mardi 22 juin 2004, par Hassiba

Constituant aujourd’hui le premier mode de paiement et de retrait de par le monde, la carte bancaire n’est toujours pas une réalité palpable en Algérie.

Les Algériens devront prendre leur mal en patience pour quelque temps encore avant de voir cette prestation bancaire, si banale ailleurs, se généraliser chez eux. Pourtant, l’intention d’introduire ce mode de paiement ne date pas d’aujourd’hui.

L’initiative remonte à 1997, l’année du lancement du premier projet monétique interbancaire sous l’égide de la Société d’automatisation des transactions interbancaires et de monétique (SATIM). Le projet en question s’est soldé par le lancement dans la même année de la carte interbancaire de retrait. Cette dernière permet à des porteurs de retirer de l’argent, dans la limite du montant autorisé, sur tout le territoire national. Bien qu’elle soit toujours opérationnelle, cette première expérience du genre n’a pas pu se développer et se généraliser. En effet, sept ans après le lancement de cette carte, les statistiques indiquent que sur les 30 millions d’habitants que compte le pays, seulement 250 000 porteurs de cartes sont recensés au niveau de toutes les banques, y compris Algérie-Poste qui accapare la part du lion avec près de 80% du total. En terme de représentativité, le nombre d’utilisations de cartes bancaires , soit le taux de monétisation, ne dépasse pas le 1% par rapport au nombre d’habitants.

ACI World Wide partenaire de la BADR

L’Algérie est même très loin derrière ses voisins Marocains et Tunisiens en matière de monétisation. Selon les statistiques recueillies sur le site internet d’Algérie-Poste, l’Algérie doit multiplier son volume de paiement par 15 pour atteindre le niveau de la Tunisie, et par 750 pour atteindre celui des pays européens. En France, à titre d’exemple, le degré de monétisation dépasse les 80% avec 45 millions de cartes bancaires (une carte est émise chaque 3 secondes). Les Français effectuent quotidiennement 16,4 millions de paiements et 4,9 millions de retraits par carte. L’ouverture d’un compte au niveau des banques françaises ouvre droit automatiquement à une carte bancaire. Outre le projet interbancaire initié par la SATIM, des banques publiques algériennes à l’instar de la Banque de l’agriculture et du développement rural (BADR) et du Crédit populaire d’Algérie (CPA) avaient eu auparavant quelques tentatives individuelles de lancement de cartes bancaires. Selon le directeur de la monétique et de la communication réseau de la BADR, Mansoura Mahmoud, l’expérience monétique « remonte à 1994, l’année du lancement par la BADR de la carte de débit privative ». A ce moment-là, ajoute-t-il, « la banque ne disposait que de deux Distributeurs automatiques de billets (DAB) installés au niveau des agences Amirouche et Riadh El Feth à Alger ». Deux années plus tard, soit en 1996, la BADR lance, indique-t-il, la carte de paiement « Zip-Zap » ou le « faire à repasser » dont l’utilisation a été restreinte aux seuls grands clients de la banque. Le lancement de cette carte n’a cependant pas, relève-t-il, suscité un « grand intérêt » de la part de la clientèle. Un manque d’intérêt qu’il impute beaucoup plus à « l’absence d’une culture monétique ». Sur les 300 agences composant le réseau national de la BADR, seulement 10 DAB sont installés dans les grandes villes. Afin de rattraper le retard enregistré en la matière, cette banque a initié depuis janvier 2003, fait rappeler le banquier, un projet monétique national dont l’aboutissement est prévu pour ce mois de juillet avec le lancement de la carte de retrait bancaire BADR. Une carte qui évoluera par la suite, selon M. Mansoura, vers une carte de paiement. La société américaine ACI World Wide a été retenue comme partenaire de la BADR pour la réalisation de ce projet. La plupart des banquiers sont unanimes à imputer aux services des Télécoms la responsabilité du retard enregistré dans la généralisation de la monétique. Faute de fluidité et de disponibilité, le réseau Télécoms a compromis, affirme-t-on, tous les efforts consentis en vue d’une meilleure monétisation. Un avis que partage notamment le directeur général de la SATIM, El Hadj Alouane, qui affirme : « S’il y avait eu un réseau Télécoms fiable et disponible à tout moment, cela aurait encouragé les banques à émettre davantage de cartes, et la monétique aurait été développée dans notre pays. » Toutefois, estime-t-il, « il n’ y a pas que la contrainte du réseau Télécoms, la qualité de la prise en charge au niveau des acteurs qui interviennent dans l’opération a également sa part de responsabilité ». « D’importants efforts sont en train d’être fournis par les banques pour développer cette monétique en incluant Algérie Télécoms comme partenaire à part entière dans toute la démarche. » Une volonté ferme est affichée, note M. Alouane, à la fois par Algérie Télecoms qui est en train de se redéployer et les autorités bancaires pour booster la monétique dans le pays. A propos du projet interbancaire de monétique, le patron de la SATIM nous dira qu’il s’agit d’un projet « assez complexe techniquement », mais qui devra permettre aux banques de développer d’autres produits à l’instar des cartes de paiement et de retrait. L’année 2005 sera, annoncera-t-il, celle « du grand départ en matière de monétique en Algérie ». Répondant aux reproches formulés par les banquiers à l’égard du réseau Télécoms, le responsable commercial d’Algérie Télécoms, M. Chihab, se défend. Il soutiendra, lui, que « le faible degré de monétisation enregistré actuellement n’est pas seulement dû au réseau Télécoms ». Bien au contraire, les cabinets d’études intervenant auprès des différentes banques ont, a-t-il indiqué, confirmé la fiabilité de ce réseau. D’autres facteurs de blocage ? En l’absence d’une réponse, notre interlocuteur préfère souligner l’amélioration « significative » qui a été apportée au réseau Télécoms national pour répondre aux besoins exprimés en matière de monétique. M. Chihab nous informe qu’Algérie Télécoms assiste « actuellement à toutes les réunions » du comité de pilotage relatif au projet de paiement de masse mis en place par le ministère délégué à la Réforme financière.

Le grand départ prévu pour 2005

Le secrétaire général de l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers (ABEF), Abderrahmane Benkhalfa, a pour sa part estimé que le réseau Télecoms était un « élément important dans la faible monétisation que connaît le pays ». Car, ajoute-t-il, « il ne peut y avoir une véritable monétique élargie à plusieurs utilisateurs si on n’a pas un réseau complètement fluide avec une éventualité de panne proche de zéro ». Le mot vient d’être lâché. C’est d’ailleurs pour cette raison que certaines de nos banques, a-t-il expliqué, « sont en train de consentir un gigantesque investissement pour dépasser ce problème de réseau ». C’est le cas de la BADR qui compte recourir à une solution palliative aux difficultés induites par le réseau Télécoms actuel afin de développer sa propre monétique. La BADR mise ainsi sur la transmission via le Sat. Une solution qui offre un taux de disponibilité du réseau de 97%. Par ailleurs et au-delà de la disponibilité souhaitée du réseau des Télécoms, le cadre législatif existe-t-il pour autant ? Interrogé, M. Benkhalfa dira que « des aménagements sont en train d’être apportés au code du commerce pour tout ce qui concerne les instruments de paiement électroniques, ainsi que pour tout ce qui touche à la dématérialisation des supports de paiement-papiers ». D’après lui, « le deuxième trimestre 2005 sera décisif et verra l’élargissement de l’utilisation de la carte bancaire ». Le rendez-vous est pris.

Par Salah Slimani, El Watan