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L’atonie des crédits à l’économie en Algérie

mercredi 9 juin 2004, par Hassiba

Parmis les facteurs qui expliquent l’atonie des crédits à l’économie en Algérie : La prudence des banques à s’engager en faveur des crédits à l’économie, prudence qui peut avoir pour origine trois facteurs essentiels :
- Le cadre contraignant de l’activité bancaire,
- la déficience de l’environnement économique,
- la volatilité de leurs ressources.

Le cadre contraignant de l’activité bancaire

Le marché du crédit en Algérie est animé exclusivement par les banques et les établissements financiers. L’activité de crédit, qui est plus rémunératrice (intérêts et commissions) que les emplois de trésorerie qui caractérisent à l’heure actuelle la préférence des banques, malgré les faibles gains que procurent les placements, s’est heurtée comme chacun le sait à la non-viabilité des projets déjà financés et ceux en attente dans le « pipe ». La mauvaise qualité du portefeuille, qui a résulté tout autant du retournement de la conjoncture que d’une politique commerciale laxiste dont l’accent était mis souvent sur les garanties (?) au détriment de l’appréciation des cash « flow » prévisionnels, a conduit les banques à plus de prudence parce qu’elles ont compris qu’elles seront seules à encaisser le choc et il n’est plus certain qu’elles pourront y faire face. Les conditions de taux sont actuellement extrêmement favorables aux investisseurs et les retours sur investissement sont en Algérie absolument extraordinaires avec des coefficients de rentabilité (ROE) de plus de 20%. C’est pourquoi, la recherche de financements doit s’appuyer avant tout sur de bonnes perspectives de rentabilité de l’investissement et non sur la valeur ou la qualité des garanties. Beaucoup a été dit et écrit sur les incohérences du fonctionnement de notre économie, il reste seulement, et c’est le plus important parce qu’on n’achète jamais le passé mais toujours l’avenir, à tirer les enseignements des ratages consommés pour mieux appréhender la problématique actuelle. Comme enseignement, on peut constater que l’absence d’autres infrastructures financières ayant une expertise dans l’évaluation et la couverture du risque a eu un effet pervers sur les banques qui ont rempli pour ainsi dire la fonction d’organismes de promotion industrielle. Ce rôle ne leur sied évidemment pas en raison de leur fonction d’intermédiation et de leur responsabilité vis-à-vis de leurs créanciers. Qui plus est, elles sont soumises à des contraintes prudentielles et à des exigences de rentabilité qui ne leur permettent pas de faire de la promotion. Ces contraintes objectives ont conduit tardivement certes, mais à temps, les pouvoirs publics à conforter l’action des banques sur le marché du crédit par la création des fonds de garantie qui ont été mis en place durant l’année 2003 et au cours de ce premier semestre 2004. Il faut convenir que l’expérience à blanc d’une institution créée en 1998 pour garantir les banques a certainement modifié la perception des pouvoirs publics quant à la configuration de ces nouveaux fonds de garantie. Cette action positive des autorités prospérerait mieux si elle s’accompagnait de création de sociétés de capital-risque dont le rôle éminemment structurant pour la promotion de l’investissement a été démontré dans tous les pays où ce type d’établissement a vu le jour. Cela devrait nécessairement se traduire par la refonte du droit des sociétés (création de la société par actions simplifiée) et s’accompagner de mesures fiscales appropriées pour encourager les apporteurs de capitaux à investir dans l’investissement. Ces fonds de garantie - qui gagneraient à se redéployer dans le cadre de l’ordonnance sur la monnaie et le crédit qui est leur siège naturel, puisque le métier de garant lorsqu’il est pratiqué à titre principal et habituel devient une opération de crédit et donc soumise au monopole des banques et établissements financiers - par l’expertise qu’ils sont censés développer dans des domaines d’intervention à risque élevé (secteur de la PME/PMI) allégeraient le poids de l’engagement du banquier sur une entreprise, permettraient de dégager une possibilité d’accompagnement supplémentaire pour le financement d’autres besoins et contribueraient à l’amélioration des ratios prudentiels (ratio de solvabilité en particulier). Cette complémentarité dans le partage du risque desserrerait très certainement l’étau prudentiel autour des banques pour peu qu’elles renforcent ou mettent en œuvre rapidement l’activité de conseil et d’ingénierie financière pour pouvoir assister les promoteurs et leur prodiguer toute l’aide nécessaire afin qu’ils puissent identifier les opportunités d’affaires et surtout le montage des dossiers de financement.
Combien de projets et d’investisseurs sont désorientés pour ne pas avoir trouvé ces services au niveau des banques qui se contentent le plus souvent pour toute réponse de déclarer inéligible le dossier présenté. Ces fonds de garantie doivent, de notre point de vue, être regroupés au sein d’une seule et unique entité à statut d’établissement financier avec une spécialisation par branche ou par secteur pour chacun d’entre eux et ce pour asseoir une véritable politique nationale de l’investissement. L’éparpillement actuel de ces fonds et leur domiciliation au niveau de plusieurs tutelles sectorielles ne prospéreront pas à terme.
Qui plus est, en cas de besoin, leur statut actuel hors la loi bancaire ne leur permet pas de se refinancer sur le marché. Sur le plan prudentiel, il convient de préciser que la réglementation algérienne, à l’inverse de ce qui se passe ailleurs, est très appropriée pour l’activité bancaire, puisqu’elle conforte les banques dans leur métier qui n’est pas celui « du prêteur sur gage ». En effet, le régulateur algérien exclut, pour l’évaluation du risque de crédit, la prise en compte des garanties recueillies par les banques qu’elles soient réelles (hypothèque...) ou personnelles (caution...) à l’exception des garanties liquides (nantissement de compte ou de bons de caisse...). Cela signifie que normalement la banque n’accordera jamais un crédit sur la seule base des garanties puisqu’elles ne jouent aucun rôle sur le plan prudentiel (non déductibles) mais plutôt sur la base des possibilités de sortie des concours accordées (cash-flow et rentabilité de l’affaire). Cela vient d’ailleurs d’être renforcé par le dispositif sur le contrôle interne qui oblige les banques à ne sélectionner que les opérations rentables et non pas seulement garantissables. C’est dire que la mise en place des fonds ou des caisses de garantie pour peu qu’elles démarrent rapidement, supprimera tout prétexte que les banques pourraient invoquer pour refuser l’octroi de crédit à des investisseurs ne disposant pas de garanties propres, car ils seront accompagnés par des experts en risques que sont ces caisses de garantie et qui ont un certain poids prudentiel.

La lourdeur de l’environnement bancaire

L’environnement bancaire nécessite encore de profondes évolutions dans certains domaines. Ces évolutions inscrites du reste dans l’agenda des pouvoirs publics tardent à se mettre en place pour mieux nourrir l’activité économique et accentuer la transparence. Il faut se rendre à l’évidence que l’économie de marché repose sur la propriété. Ainsi, une saine législation sur la propriété (transparence du foncier industriel) libérera le « capital mort » suivant la formule du célèbre économiste péruvien Hernondo De Soto, qui pourra ainsi servir de garantie sur des prêts destinés à financer de nouvelles entreprises. Les actifs doivent être fongibles pour pouvoir créer la richesse et intégrer toute la population dans l’économie. Le contentieux des créances bancaires appelle aussi le renforcement du cadre juridique en vigueur qui, sans s’écarter du droit commun, renforcerait l’action des banques auprès des tribunaux lorsqu’il s’agira du recouvrement de leurs créances, à charge pour elles de subir le revers de la médaille s’il s’avère que le crédit est complaisant ou que, au moment de l’octroi des concours, la situation du client était défaillante ou irrémédiablement compromise. Le traitement de ces contentieux trop techniques et appelés à se multiplier commande une spécialisation des magistrats à tous les niveaux, ce qui se traduirait par une meilleure qualité des décisions et une fluidité dans la gestion des affaires inscrites au rôle. Les séminaires et tables rondes organisés depuis quelque temps, aussi bien par la profession (Association professionnelle des banques et établissements financiers) que par le secteur de la justice ( Conseil d’Etat), sont à cet égard constructifs et devraient déboucher sur des mesures concrètes. En tout état de cause, l’amélioration du cadre d’intervention des banques est essentielle si l’on veut redynamiser ce secteur et en faire un véritable outil de développement.

La volatilité des ressources des banques

Les ressources à vue sont prépondérantes dans la plupart des banques. Leur proportion dépasse dans certains cas 60% des dépôts collectés. Les ressources dites stables, lorsqu’elles existent, ont en moyenne un terme variant de 3 à 6 mois. Les renouvellements de dépôts à terme ou des bons de caisse se font à des échéances rapprochées, traduisant certainement les appréhensions de la clientèle sur l’avenir de leur système bancaire, en regard des difficultés d’être en possession de leur épargne en cas de crise bancaire. Le spectre de l’affaire El Khalifa Bank n’est pas encore loin. Avec de telles ressources, la politique commerciale des banques est axée principalement sur le financement du bas du bilan des entreprises sous forme essentiellement des avances en comptes pour leur permettre de couvrir leur besoin de trésorerie. Les banques commerciales sont ainsi peu outillées pour soutenir une éventuelle reprise économique qui implique forcément le renouvellement ou le renforcement de l’appareil productif. Le rétablissement de la confiance dans les banques est, certes, un des axes pouvant amener la clientèle à accroître ses avoirs stables, mais il importe de s’orienter résolument vers la mise en place d’institutions spécialisées dotées de ressources longues. Le marché financier n’aurait d’impact réel que s’il s’appuyait sur des intermédiaires financiers acceptant de détenir dans leur portefeuille des actifs longs. Au total, le retour de la croissance économique, génératrice d’emplois bancables, la mise en service rapide des fonds de garantie et des sociétés de capital-risque ainsi que l’amélioration du cadre d’intervention des banques, notamment sur le plan judiciaire, constituent les principaux facteurs pouvant très rapidement stimuler l’activité bancaire en faveur des crédits à l’économie.

Par Saïd Dib
Juriste financier Diplômé de l’ENA
Postgraduation en droit, El Watan