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Les médicaments génériques intéressent l’Algérie

mercredi 23 février 2005, par nassim

La consommation de médicaments génériques en Algérie permet une économie de 100 millions de dollars par an.

En médecine de ville, comme en milieu hospitalier, les génériques ont fait leurs preuves sur le plan thérapeutique. Ils commencent à susciter l’intérêt auprès des décideurs qui les préfèrent désormais. Ils leur permettent de faire des économies substantielles.

Une fois tombées dans le domaine public, toutes les molécules peuvent être alors copiées par tous les laboratoires. Ces derniers, n’ayant pas engagé de frais de recherche, peuvent les céder à un prix moyen de 30 % moins cher que le créateur de la spécialité. Dans plusieurs pays du monde, les génériques connaissent un véritable essor grâce, notamment aux mesures prises par les pouvoirs publics, comme l’augmentation de la marge bénéficiaire des pharmaciens. En Algérie, ces médicaments n’incitent pas à l’engouement des patients et encore moins des prescripteurs. La différence est ainsi palpable dans la prise en charge des maladies chroniques. Les exemples sont légion. Vendu initialement à 160 000 DA par un grand laboratoire, le Paclitaxel (un anticancéreux), est aujourd’hui proposé à 49 600 DA par un laboratoire mexicain, sous le nom de Lemery. Face à une telle concurrence, le détenteur de la spécialité n’a pas eu d’autre choix que de réviser à la baisse le coût de son produit qu’il commercialise, depuis peu, à 59 000 DA. Le même laboratoire mexicain propose toute une gamme d’anticancéreux, un interféron pour les malades atteints d’hépatite B et C, ainsi qu’une hormone de croissance. Bien entendu, tous ces produits sont disponibles en Algérie ou sur le point de l’être et ils ont l’aval des autorités mexicaines et de la Food and Drug Administration, l’organisme de contrôle américain. En plus d’être aussi efficaces que les molécules mères, ils offrent un avantage économique important.

Un avantage économique important
“Grâce aux génériques, nous pouvons soigner plus de malades avec la même enveloppe financière. D’ailleurs, la définition d’un générique est d’être 30% moins cher au minimum. Évidemment, tout produit doit prouver son efficacité. L’idéal demeure que nous puissions un jour élaborer nos besoins en médicaments, en Algérie”, déclare le Pr Bouzid, chef du service cancérologie au centre Pierre et Marie Curie d’Alger. Le coût d’une trithérapie pour un sidéen atteignait le million de dollars par an au début des années 90. Grâce aux pressions des associations de malades et de ONU-Sida, cette prise en charge n’est aujourd’hui que de 12 500 dollars, dans les pays développés utilisant les spécialités. En Algérie, tous les sidéens nécessitant une trithérapie sont, concernant leur traitement, à la charge de l’État, à raison de 350 dollars par malade et par an. Importés d’Inde par les laboratoires Biopharm, ces médicaments permettent aux malades algériens de recevoir des soins qualifiés de “qualité”. Le Pr Amrane, chef de service infectieux à l’hôpital El-Kettar, se félicite de cette situation. “Nous soignons tous les malades et à moindre coût”, déclare-t-il. Cette situation semble déplaire aux laboratoires détenant les droits des molécules qu’ils ont cédées après des campagnes soutenues de sensibilisation de ONU-Sida. Ces laboratoires veulent contraindre les fabricants de génériques à ne les commercialiser que dans leurs pays d’origine.

Les grands groupes pharmaceutiques mondiaux tentent d’obliger trois États émergents (Inde, Afrique du Sud et Brésil) à ne plus exporter leurs génériques. Les enjeux sont en effet énormes. Les grands laboratoires adoptent tous la même stratégie, dès que leur produit phare tombe dans le domaine public. Ils lancent aussitôt de nouvelles molécules auxquelles ils attribuent des effets thérapeutiques hors du commun. Certes, affirment les spécialistes, les recherches tendent perpétuellement à améliorer le confort des malades et de perfectionner les effets thérapeutiques. Ils s’interrogent, néanmoins, sur le fait que “ces découvertes ne sont annoncées qu’à l’échéance de la grâce accordée pour l’exploitation d’une molécule donnée”. Les mêmes spécialistes préconisent de continuer à traiter les patients avec les anciennes molécules ayant déjà fait leurs preuves : “Certes, le caviar c’est bon, mais le pain est aussi un aliment complet”, soutiennent-ils. En médecine de ville, le constat est identique, et toutes les enquêtes menées de part le monde aboutissent au même constat : “Les praticiens prescrivent les médicaments des laboratoires qui donnent le plus de cadeaux. Pour les médecins, les laboratoires connus représentent un gage de sécurité.” Devant cette situation, les pouvoirs publics autorisent les pharmaciens à “donner au patient le médicament le moins disant et à efficacité équivalente”. Pour garder leur clientèle, les pharmaciens préfèrent respecter les prescriptions à la lettre. Le Pr Amalou, en abordant ce sujet, tient à préciser de prime abord : “50% des vignettes ne sont pas conformes, car elles ne précisent pas le taux de remboursement”.

Il tient surtout à remettre les pendules à l’heure en matière de coût de la facture du médicament que doit supporter la caisse d’assurance. “Lorsque nous parlons d’une facture annuelle de 500 millions de dollars, c’est le prix de tous les médicaments livrés au port d’Alger. Il faut ajouter les taxes douanières et les différentes marges bénéficiaires et là nous parvenons à une facture de quelque 800 millions de dollars.” Le mot pharmacie vient du latin, Pharmacon qui signifie remède et poison, et c’est pourquoi que tous les gouvernements du monde refusent que la facture du médicament représente un “poison” pour leurs budgets. Ils peuvent grâce aux génériques assurer une excellente couverture sanitaire et à moindre frais. En 2003, la CNAS a remboursé 33 milliards de dinars et cette ardoise a atteint 40 milliards de dinars pour l’exercice 2004. Des exemples que le Pr Amalou a à profusion, il citera entre autres, le cas du Diclofenac dont les prix varient de 65,48 DA à 223,19, soit un écart de 249%. Les prix du Cefalexine vont de 225,86 DA à 744.28 DA, une différence de 229% entre le plus cher et le moins disant. Une autre aberration encore, le prix du Voltarène a été multiplié de 309 fois, entre 2001 et 2003. Pis, des médicaments du même lot coûtent différemment d’une ville à une autre. Le Lopril vaut 879,26 DA à Skikda, 910,15 à Biskra, 917,48 à Alger et 1 048,25 à Laghouat. Le Pr Amalou insiste sur le fait qu’il s’agit du même Lopril, issu du même lot, qui connaît un tel écart. Dans les pharmacies, il est plus facile de trouver les produits les plus chers. Ainsi, toutes les officines proposent de l’Imodium (Lopéramide), un produit contre la diarrhée et coûtant 280 DA, mais rarement des génériques dont le prix tourne autour de 120 DA.

Une affaire de marges
Les pharmaciens trouveront toujours des échappatoires, comme la rupture de stock. Ce qu’ils n’oseront jamais avouer, c’est que 20% de marge sur un produit onéreux représente un gain plus conséquent. Certes les pouvoirs publics font tout pour encourager la consommation des génériques, mais certains laboratoires trouvent la parade : vendre plus cher les copies. Les laboratoires jordaniens sont passés “maîtres” en la matière. Déjà décriés voilà plusieurs années, ce phénomène perdure. L’Amoxiciline suspension à 250 mg de Hikma se situe au même prix que la molécule mère fabriquée par Glaosko, Smith et Betcham (GSK). Pour contourner les lois, certains laboratoires n’hésitent pas à proposer des boîtes de 10 comprimés (au lieu de 20) qu’ils vendent à 60% du prix de la spécialité. C’est le cas d’un produit pour diarrhée fabriqué en Algérie et vendu à 142 DA pour 10 gélules, alors que le princeps (Imodium) coûte 280 DA, mais la boîtes de 20 gélules. L’Enalapril à 5 mg (pour les hypertendus) du détenteur de la molécule, le laboratoire MDS, vaut 625,66 DA, (la boîte de 28 comprimés), le générique des laboratoires jordaniens AJPM, coûte 487, 83, mais la boîte de 20 comprimés. Un petit calcul fait ressortir que conditionné à 20 comprimés, le produit “spécialité” revient à 446,90 DA.

Les spécialistes du secteur s’interrogent sur le silence des autorités sur ce phénomène, d’autant que les opérateurs jordaniens ont une faveur exceptionnelle les exonérant du paiement de la taxe douanière, fixée à 5% pour tous les médicaments importés. D’autres laboratoires à la faveur de la vague de réalisations de plusieurs usines, n’hésitent pas en effet à proposer des contrats juteux de façonnage aux nationaux. Les investisseurs appâtés réalisent ainsi des bénéfices colossaux, tout en étant sûrs que leurs unités de production continueront à tourner. Ces investisseurs, qui se félicitent d’être soulagés des quêtes de la matière première et de débouchés pour leurs produits, ignorent que les grands laboratoires saturent ainsi leur outil de production pour justement les empêcher d’élaborer des génériques. Les experts évaluent à 100 millions de dollars d’économie pour la CNAS et les pouvoirs publics si l’Algérie optait pour le “tout générique”.

120 projets de fabrication répertoriés
Selon des sources sûres, quelque 120 dossiers d’investissement dans le domaine de l’industrie pharmaceutique sont recensés à ce jour. Obligés de fabriquer, les importateurs sont sur le point de réaliser une véritable prouesse si réellement toutes les usines voyaient le jour. Les médicaments fabriqués en Algérie reviennent moins cher et permettent la création de postes d’emploi. Les spécialistes de l’industrie pharmaceutique espèrent que la loi s’étende à tous les autres secteurs d’activité pour voir tous les importateurs contraints d’investir en Algérie.

Réforme des vignettes
Les responsables de la Cnas pensent à une nouvelle politique en matière de vignettes. Ces dernières seront de trois couleurs et à chacune correspondra un taux de remboursement donné. C’est l’astuce trouvée pour impliquer le patient qui pourra choisir les médicaments et le taux de remboursement.

Les laboratoires Lémery bientôt en Algérie
Le laboratoire mexicain réalisera en partenariat avec le groupe algérien Fortis une unité de fabrication de produits de biotechnologie (interféron et filgrastine) destinés au traitement des hépatites B et C. L’usine sera construite dans la ville de Sidi-Abdallah dans la willaya d’Alger.

Par SaÏd Ibrahim, liberte-algerie.com