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Séminaire sur le pâturage à El Tarf

dimanche 2 mai 2004, par Hassiba

Inauguré par le wali d’El Tarf en présence du consul général de Tunisie, le séminaire sur les pâturages et la santé animale a donné l’occasion aux scientifiques, une cinquantaine d’universitaires et de chercheurs venus de tout le pays et de la Camargue française, de faire le point pendant trois jours sur la situation du pastoralisme et de la santé animale dans notre pays.

Le constat, affranchi de toute complaisance, est effrayant.
Désastreux, catastrophique, monstrueux et criminel sont les épithètes qui sont le plus souvent revenus pour décrire la situation des pasteurs, de leurs troupeaux, mais surtout des pâturages et des ressources naturelles qui sont à la base de ce monde fragile parce que complexe.

Ruine des maquis

Contrairement à l’idée si répandue de grenier, l’Algérie est un pays à vocation essentiellement pastorale de par ses caractéristiques naturelles et ses traditions. Si, depuis des lustres, on a fait de ses prairies et ses pâturages originels le grenier de Rome et les gisements en bois des flottes conquérantes, et que ses zones humides et ses plaines inondables ne se transforment en maraîchages, ce n’est pas pour autant qu’il faut poursuivre dans cette voie qui dépouille le sol de toute couverture végétale nourricière, l’Algérie, en marginalisant et ignorant le pastoralisme et ses prolongements, est en train de se suicider, s’accordent à dire les nombreux spécialistes interrogés à l’occasion. Les pratiques en cours mènent à la ruine des maquis, des forêts, des prairies et de la steppe. Une bombe à retardement écologique et économique aux effets incalculables. Pour certains, elle a déjà explosé car rien n’est plus humiliant pour un pasteur que de se poster avec sa famille au bord de la grande route à guetter un hypothétique secours.Dans les massifs forestiers du Nord, les prairies des Hauts-Plateaux et, dans la steppe, les pâturages ont connu une forte régression depuis le début du XXe siècle. Selon M. Kanoun, qui dirige une unité de recherche en pastoralisme à Djelfa « l’équilibre de l’écosystème a pu être maintenu durant la période précoloniale où l’exploitation des ressources naturelles obéissait à des règles tribales. Puis, plusieurs phénomènes puissants ont contribué à transformer le paysage steppique : les lois coloniales régissant l’accès aux ressources fourragères, la croissance démographique, la sécheresse, l’échec des projets de développement, les pratiques d’élevage incompatibles avec l’environnement écologique. Face à cette situation, la réponse de la population pour se maintenir dans un milieu difficile et fragile s’est traduite par l’exploitation irrationnelle des ressources naturelles entraînant une forte dégradation des parcours et dans certains cas une disparition irréversible du meilleur pâturage. »

A. Mebarkia, enseignant-chercheur à l’Institut agronomique d’El Tarf, nous fait le même constat à propos des prairies des Hauts-Plateaux : « A-t-on considéré les prairies naturelles comme un potentiel productif de fourrage au moment où la production fourragère devient vitale pour l’agriculture ? Il n’en est rien si l’on en juge par le comportement du secteur à leur égard. La prairie naturelle a cessé de bénéficier des mises en défends saisonnières, d’amendements, de fertilisation, d’irrigation. Elle est devenue une charge pour le secteur d’Etat qui en détient : les plus grandes superficies. Cet abandon pur et simple a conduit à des reconversions en céréales, en cultures maraîchères, en lotissement, en décharges publiques et leurs caractéristiques géomorphologiques en fera l’exutoire par excellence de toutes les eaux usées. »

Mise en cause des pouvoirs publics

Un cycle infernal de la dégradation des parcours, enclenché par la colonisation s’est considérablement accentué ces dernières vingt années. « A terme, les espaces pastoraux ne serviront que de substratum fait de sol nu offert à l’érosion et sur lequel vaque un cheptel nourrit par de d’orge importée par bateaux entiers, comme pour l’alimentation humaine. » L’auteur de cette déclaration a requis l’anonymat. Il y aurait d’énormes intérêts en jeu concentrés entre les mains d’une demi-douzaine de personnes qui œuvrent à entretenir la pompe à l’importation des céréales. Un chercheur de renom a été lâchement abattu pour avoir soulevé cette question lors d’un débat public. « Les parcours dégradés par la surexploitation apparue avec la mécanisation de la transhumance, la mise en culture, en bref par l’incohérence des politiques agricoles menées à la hussarde, exigent un complément alimentaire en orge.
Ce qui conduit à une hausse de prix de la viande qui assure une meilleure rentabilité, mais sans réelle productivité. L’éleveur, qui réinvestit forcément dans le troupeau ce qui surcharge le parcours, le dégrade encore plus tout en augmentant l’importation de l’orge », explique A. Baïri, de l’université d’ Annaba, dans sa communication sur ses travaux dans la région de Tébessa.

Les pouvoirs publics sont directement mis en cause dans l’incohérence des politiques et des programmes appliqués comme remèdes conjoncturels. « Tout le monde est au courant de ce qui se passe dans la steppe » où l’élevage bovin représente 40% du total et concerne 7 millions d’Algériens. Les scientifiques, qui proposent des solutions qui ont donné des résultats plus que satisfaisants, ne sont pas écoutés. Et même s’ils l’étaient, la situation est devenue si complexe qu’on ne peut entrevoir un début de redressement sans une véritable révolution de la mentalité de trabendiste qui s’est imposée dans le monde de l’élevage.

Toutefois, nuance l’équipe du centre universitaire de Mascara forte de son expérience dans la région de Naâma, la faute incombe aussi aux chercheurs car « la plupart des travaux sur le milieu steppique dans le domaine de la gestion des ressources pastorales n’ont pas abouti à la préservation des écosystèmes et la mise en place de système de production économiquement viable et durable. Cela s’explique en outre par la qualité des recherches adoptées. »

Par Slim Sadki, El Watan