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Polygamie et divorce en Algérie

jeudi 30 septembre 2004, par Hassiba

Les victimes de la polygamie et du divorce en Algérie se font souvent, pour ne pas dire tout le temps, très petites. Elles s’effacent.

Non, on leur a fait savoir qu’elles étaient coupables. Responsables de leur malheur. De leur situation. Elles ne s’expriment pas. Elles ont peur de s’exprimer. Peur qu’on les reconnaisse, qu’on les pourchasse, que leurs ex-époux les persécutent et se vengent d’elles parce qu’elles auront osé décrire le calvaire dans lequel elles vivaient. Elles, ce sont les victimes de la polygamie et de l’article 52 du code de la famille. Nous avons rencontré quelques-unes d’entre elles. Nous ne citerons ni leur véritable nom et encore moins les lieux où elles se réfugient. Pas plus que les quartiers dans lesquels elles élisent domicile. Pour des raisons évidentes de sécurité, cela va de soi.

Elle a à peine 30 ans. Son niveau d’instruction est moyen. A 18 ans, ses parents décident de la « caser », comme elle dit. Ils la marient donc au premier prétendant qui se présente. « Je l’ai trouvé gentil. Il avait l’air d’être correct. Il avait une bonne situation. Commerçant. De toutes les manières, mon avis ne comptait pas. C’est mon frère qui a décidé de conclure ‘‘l’affaire’’. Même mon père n’avait pas droit à la parole », raconte Bahidja qui vivait au milieu d’une famille assez nombreuse et pauvre. « Six mois à peine après le mariage, mon mari s’est mis à me frapper pour un oui ou un non. Pourtant je ne lui ai jamais refusé quoi que ce soit. Puis, il s’est mis à boire, à rentrer tard », poursuit cette jeune femme. La gorge serrée, les yeux pleins de larmes, notre interlocutrice avait du mal à continuer son histoire.

La blessure et l’humiliation qu’elle a subies étaient trop importantes. 9 mois après son mariage, elle met au monde une petite fille. « Ça été le scandale. La honte. Mon mari me disait que j’étais une femme indigne, incapable de lui donner un héritier. Du coup, il ne regardait même pas le bébé. C’était à peine s’il consentait à lui acheter le lait. Tout ce qui était vêtements, médicaments, consultation médicale, c’étaient les voisins qui prenaient la petite en pitié qui la prenaient en charge. » Bahidja n’en peut plus. Elle observe une halte. Regarde autour d’elle. Dans le café où nous avions fixé un rendez-vous, elle scrutait la moindre personne qui entrait. « Il est capable de me suivre ou de me faire suivre. Il n’a pas encore accepté que je quitte la maison, en fait de sauver ma peau et celle de ma fille. » La jeune femme remonte la manche gauche de son corsage. Le spectacle est horrible. Son bras était couvert de brûlures de cigarette. « C’est lui qui m’a fait ça. Dès qu’il buvait, il devenait sauvage. Il me battait. Il s’acharnait contre moi. Quand il a fini de me frapper, il allume une cigarette et me jette la cendre sur mon bras gauche. Ensuite, il appuie carrément la cigarette sur ma peau. »

En somme, Bahidja était torturée par son époux. Et ses parents dans tout cela ? « A chaque fois que je m’en plaignais ou voulais retourner à la maison, mes frères criaient au déshonneur et à la honte. Pour eux, si mon mari me frappait, c’est que je le méritais. » Le calvaire a continué pour elle pendant encore trois ans. « Puis un jour, il est rentré à la maison accompagné d’une femme. Il m’a demandé de lui servir le dîner et de lui laisser ma chambre. Je n’avais pas compris sur le moment. Quand je lui ai posé la question, il m’a dit qu’il venait de l’épouser. Il m’a ordonné d’être sa bonne », raconte encore Bahidja. Elle s’arrête encore un moment et éclate en sanglots. Il n’est pas facile de se remémorer un supplice qui a duré plusieurs années. « Le lendemain, j’ai pris ma fille et je suis rentrée chez mes parents. Mes frères m’ont tout de suite rabrouée. Tu retournes chez ton mari, tu n’as rien à faire ici. »

Ses supplications, ses plaintes et autres arguments étaient vains. C’est donc résignée qu’elle rentre au domicile conjugal d’où elle sera immédiatement mise à la porte par sa « rivale » après avoir été battue de nouveau par son mari. « Ce sont les voisins qui ont eu encore une fois pitié de ma fille. Même pas de moi. Ils m’ont hébergé pendant une semaine. J’ai dû mon salut à un membre de la famille de ces voisins qui, en visite chez eux, s’est attardé sur mon cas. » C’était une vieille femme de 80 ans qui lui a proposé d’aller chez elle, car vivant seule. Mais après le décès de sa bienfaitrice, elle se retrouvera dans la rue, avec sa fille. Sans argent. Sans travail. Bahidja erre aujourd’hui dans les rues, faisant la manche pour nourrir sa progéniture. Son mari, lui, n’a pas perdu de temps. Il fera constater l’abandon du domicile conjugal et obtint le divorce de manière unilatérale.

Répudiée in extremis
Selma, nous l’appellerons comme cela, est originaire d’une wilaya du centre du pays. Contrairement à Bahidja, elle a eu un peu plus de chance, car instruite. Son mari l’a répudiée et mise dehors avec ses trois enfants, parce qu’elle a eu un jour le malheur de lui demander où est-ce qu’il passait tous les jours ses soirées, sans se soucier de ce qui pouvait arriver à sa famille. « Je suis sortie une main devant et une autre derrière », raconte-t-elle. Au début, Selma s’est refusée même à nous rencontrer. Mais lorsque nous lui avons expliqué le but de notre dossier, elle est revenue à de meilleurs sentiments. « Le code de la famille ? J’en entendais parler comme ça, lorsque des femmes sortaient dans les rues à Alger. Je ne comprenais pas pourquoi elles s’y opposaient.

J’avoue que j’ai pris connaissance de son contenu lorsque j’ai été convoquée par le tribunal, section statut personnel », nous confie-t-elle. « Je vous avoue que j’ai été sidérée lorsque le juge, en prononçant le divorce, m’a fait savoir que je n’avais pas le droit de retourner chez moi parce que l’article 52 du code de la famille disposait que le domicile conjugal était exclu de la décision de divorce. » Elle retourne alors chez ses parents avec ses enfants, dont elle obtiendra la garde. Mais ceux-ci lui font savoir clairement qu’ils étaient prêts à l’accepter à condition qu’elle abandonne sa progéniture. Ce qu’elle refuse. Elle n’avait donc pas d’autre alternative que de se retrouver à la belle étoile. « J’ai erré des jours entiers dans les rues. Mes enfants n’allaient plus à l’école, parce que sales et en haillons.

Leurs vêtements étaient restés chez leur père qui a refusé de les leur restituer. » A l’opposé de Bahidja, Selma est très forte de caractère. Elle est dotée d’une personnalité de fer. Elle réussira à se trouver un travail. « Précaire, oui, mais il me permet de nourrir mes enfants et de les envoyer à l’école. Mon défi aujourd’hui, c’est qu’ils réussissent. Je ne veux pas que mes trois filles souffrent. » Selma a également réussi la prouesse de trouver un hangar abandonné qu’elle a aménagé. « Ça me sert d’abri pour le moment. Jusqu’à ce que le bon Dieu me vienne en aide et que je trouve ne serait-ce qu’une petite pièce pour mes enfants. »

Notre interlocutrice qui n’a pas cessé de pleurer pendant notre entretien conclura en nous disant : « Je vais vous faire une confidence. J’ai pu me procurer ce code de malheur qui met les femmes et les enfants à la rue avec tous les dangers et les risques qui en découlent. Je mène ma campagne à ma manière. Je l’explique à mes collègues, femmes de ménage et agents de bureau. » Selma est devenue, par la force des choses, une militante pour la cause des répudiées, comme elle aime à le dire.Malika est mère d’une petite fille de 7 ans. Elle aussi est victime des dispositions du code de la famille. « Nous vivions chez ses parents. Mon mari écoutait beaucoup sa mère.

Et à chaque fois qu’il avait une discussion avec elle, il venait vers moi pour me battre. Je ne pouvais continuer à vivre de la sorte. Avec un homme qui était encore agrippé au jupon de sa vieille mère. J’ai donc divorcé, mais je me suis retrouvé dans la rue. Les gens m’hébergeaient. Personne ne me refusait le gîte dans mon village. Mais cela ne pouvait pas durer. » Malika a été recueillie de manière provisoire par le centre d’accueil des femmes en détresse, appelé Darna. Aujourd’hui, elle semble souffrir de troubles psychologiques en raison des souffrances qu’elle a subies. Ses médicaments ne la quittent plus. Avec l’aide des animatrices de Darna, elle tente de se trouver un travail. Car, faut-il le rappeler, sa présence au centre est provisoire.

« Je jure de venger ma mère »
D’autres femmes, et elles sont très nombreuses, attendent aussi d’être recueillies. Et les responsables de cette structure qui sont également militantes pour la cause des femmes (elles appartiennent à l’association Rachda) n’ont pas assez de moyens pour prendre en charge la multitude de femmes en détresse.Nassim n’est pas une femme. C’est un petit bout de choux de 9 ans. Mais doté d’une intelligence rare. Sa maison, c’est la raison qu’il partage avec sa mère. C’est lui qui accoste les passants, pour que sa mère ne soit pas humiliée, pour leur demander soit de lui acheter du pain, du lait ou encore des médicaments pour sa maman asthmatique.

Parce que leurs époux ont décidé de les répudier et de les mettre dehors. C’est justement cette tutelle et cette polygamie dont certains ont résolu d’en faire un fonds de commerce politique, en appelant au maintien du code de la famille tel quel, sous peine de faire la révolution. Les récits insoutenables de ces victimes ne les offusqueront pas outre mesure. Sous le fallacieux prétexte de la charia, ils veulent maintenir des milliers de femmes et d’enfants dans une situation de misère avec tout ce que cela implique comme fléaux sociaux, prostitution, drogue, etc.

Par Faouzia Ababsa, La Tribune