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Qui a peur du vote de Kabylie ?

La Kabylie partagée sur l’élection présidentielle

jeudi 18 mars 2004, par Hassiba

La région vit une situation difficile depuis les tragiques évènements d’avril 2001.
Sur le plan politique, la situation est plutôt kafkaïenne.

“C’est la confusion totale. Les uns sont avec Benflis, d’autres roulent pour Bouteflika. D’un côté, on nous invite à voter, de l’autre, on nous appelle au boycott...”, nous dit le gérant du café-restaurant l’Étoile, situé en face de l’ancienne église d’El-Kseur (à environ 25 kilomètres du chef-lieu de Béjaïa).

Le jeune homme résume en quelques mots la situation kafkaïenne qui prévaut en Kabylie à la veille de l’ouverture de la campagne électorale.
Cette région, dont la profonde culture politique n’est plus à démontrer, subit, comme elle ne l’a jamais été auparavant, la pression des partis politiques et surtout des diverses tendances du mouvement citoyen, prônant des positions aux antipodes les unes des autres. À la traditionnelle bipolarité FFS-RCD s’est greffée la division des archs entre dialoguistes et non dialoguistes.

Évidemment, les deux tendances développent des visions antagoniques en perspective du scrutin présidentiel (les premiers sont contre la tenue de l’élection, les seconds pour le vote massif).

Des délégués, qui se sont opposés fermement au dialogue avec le Chef du gouvernement Ahmed Ouyahia, appellent les électeurs de Kabylie à se rendre massivement aux urnes pour voter contre le président de la République Abdelaziz Bouteflika, candidat à sa propre succession.
“Nous nous inscrivons en opposition directe contre Bouteflika et ses amis Ouyahia et Zerhouni qui ont refusé de satisfaire la plate-forme d’El-Kseur. Nous rejetons le boycott qui profitera systématiquement au Président”, affirme Rabah Issadi, délégué de Maâtkas.

Belaïd Abrika, le chef des dialoguistes, se targue d’être resté fidèle au principe de rejeter toutes les élections tant que les revendications du mouvement citoyen, adoptées par l’Interwilayas au début 2002, ne sont pas satisfaites. Les dialoguistes ont fixé leur lieu de confluence dans un conteneur, aménagé au quartier des Genêts.
Une chanson kabyle, reprenant les slogans chers aux émeutiers “Ulac smah ulac ; ulac l’vote ulac”, est diffusée dans le quartier à travers des baffles géantes. Mustapha Mazouzi, très en colère contre Liberté, qui a égratigné les dialoguistes dans l’éditorial de l’édition du jour, vocifère : “Nous ne roulons pas pour Bouteflika. Le rejet de l’élection présidentielle est, pour nous, une forme de pression.”

Le délégué de Tigzirt, Mohand Merkitou, s’échine à battre en brèche les arguments des dialoguistes. “Le rejet des élections n’a jamais été une fin en soi. Ce n’était pas une revendication, mais une stratégie qui n’est plus efficace dans le contexte actuel. Nous devons aller voter pour empêcher Bouteflika de gagner l’élection.”

“Tout sauf Bouteflika”

Son homologue de Makouda, Meziani Mohamed, n’y va pas par quatre chemins pour rendre plus explicite la démarche de ses camarades : “Nous appelons à un vote sanction contre Bouteflika, mais nous n’affichons notre préférence pour aucun autre candidat.” Le mot d’ordre de cette tendance, bien qu’exprimé autrement, est bien simple : “Tout, sauf Bouteflika.” L’appel au vote ne fait, toutefois, pas l’unanimité, y compris parmi ceux qui n’ont pas adhéré au processus de dialogue avec le gouvernement Ouyahia.
Les porte-parole de Aïn Zaouïa et des Ouadhias (Tizi Ouzou), respectivement Mohamed Saïdoun et Mohamed Ouamer Hachim, ont fait, hier, la tournée des bureaux régionaux de la presse nationale pour remettre une déclaration dans laquelle les populations des Ouadhias, Mechetras et Aïn Zaouia se démarquent de l’appel au vote massif, “défendu par certains délégués, animés beaucoup plus par une discipline partisane que par une conviction dictée par une situation favorable à un éventuel changement”.

M. Ouamer Hachim nous explique que ces trois communes, dans lesquelles il a été enregistré un taux de participation nul lors des élections législatives et locales de 2002, rejettent et le dialogue avec le gouvernement et les élections. De toute vraisemblance, le mouvement citoyen est quasiment laminé par les antagonismes de ses animateurs, qui portent, par groupe, des appréciations fortement différentes sur l’élection présidentielle. Parviendra-t-il à peser sur le choix des électeurs ?

La question trouvera sa réponse le jour du scrutin, bien que les citoyens que nous avons approchés soient unanimes à déclarer leur ras-le-bol d’une crise qui perdure au détriment des intérêts de la région, et même du combat démocratique, pour certains. “Nous ne voulons plus de grèves, nous ne voulons plus que nos enfants servent de chair à canon. Nous ne voulons plus être dupés”, nous déclare un vieil homme dans un taxiphone à Tizi Ouzou-ville.
“Je suis un sympathisant des archs, mais leurs positions jusqu’au-boutistes commencent à me lasser. Je suis pour le dialogue, mais contre le boycott”, dira un commerçant à El-Kseur.

Un enseignant, rencontré dans le café l’Étoile dans le même village, estime que “les animateurs du mouvement citoyen, issus tous de la population”, ont tantôt de bonnes intentions, tantôt de mauvaises. “La vraie démocratie sous-entend convaincre par la force de la parole et non pas par la violence.”

La messe est dite. La population de la Kabylie ne veut plus d’abus dans les manifestations de rue, plus de violence. “Qu’on nous laisse exprimer notre choix, en toute liberté”, conclut le gérant du café l’Étoile.
Un écho similaire parvient des permanences électorales des candidats à la magistrature suprême. “Abrika et sa bande tenteront de nous perturber.

Ils nous ont déjà empêchés de tenir notre meeting à Timizart, jeudi dernier. La sagesse a prévalu lors de la première sortie, mais nous sommes décidés à mener notre campagne comme bon nous semble”, prévient Mouloud Lounaouci, directeur de campagne de Saïd Sadi à Tizi Ouzou.
Au bureau régional du RCD, transformé en la circonstance en permanence électorale, l’activité est fébrile. Les militants, sous la direction de M. Aggoun, chef du bureau, et des autres cadres, préparent dans le même temps le planning des meetings et la désignation des représentants de Sadi aux commissions de surveillance de wilaya et de communes.

Le candidat du Rassemblement évolue quasiment en terrain conquis en Kabylie.
Les staffs électoraux des autres candidats font plutôt dans la discrétion, avec une légère différence pour Ali Benflis et Abdelaziz Bouteflika. “Les archs n’ont pas encore dit qu’ils empêcheraient les candidats de s’exprimer en Kabylie. Ils le feront peut-être après le démarrage de la campagne électorale”, soutient prudemment Abdelkader Bouhloul, représentant de Ali Benflis à la Commission de surveillance de l’élection présidentielle de la wilaya de Béjaïa.

Le staff électoral de Bouteflika dans cette ville a élu son quartier général dans un appartement dont la façade ne porte qu’un drapeau.
À l’intérieur de la permanence, les responsables refusent de nous parler au motif que nous n’avions pas pris rendez-vous avant de nous présenter. “Nous tenons immédiatement une réunion avec les représentants du RND, du MSP et du mouvement de redressement.”

Nous laissons nos coordonnées pour que nous soyons prévenus du retour du directeur de campagne, M. Zerguini, unique interlocuteur de la presse. En vain ! Ferhat Hamid, président de l’APW de Béjaïa et cadre du FFS, explique les motifs du boycott suivi par son parti.

Au milieu, le FFS

“Nous avons participé au scrutin de 1999 pour prouver à nos partenaires à l’étranger (les membres de l’Internationale socialiste, ndlr) qu’il ne servait à rien d’aller à la présidentielle en Algérie.” Il précise que le FFS mènera campagne pour “sa proposition de sortie de crise”.

Il refuse toutefois tout parallèle entre le boycott du parti et le rejet des élections par les archs. “Nous sommes une force positive. Il n’est pas possible de nous rapprocher d’une force négative que représentent les dialoguistes. Nous, nous ne sommes inféodés à aucun pouvoir”, martèle-t-il sur ton agressif. Revenant au calme, il nous révèle qu’une pétition, initiée par des citoyens de Béjaïa, est en faveur “d’un débat démocratique et pacifique”. Plus que jamais, la région veut se soustraire à la violence qui a caractérisé les précédentes élections législatives et locales.

“Nous nous attellerons à éclairer les électeurs sur les enjeux de cette élection à travers des meetings et des conférences-débats”, rassure Mohand Merkitou, antidialoguiste. Son camarade Meziani affirme que “son groupe s’opposera à Bouteflika par des actions politiques, mais pacifiques. Nous le sanctionnerons par la voie des urnes”.

D’autres délégués de cette tendance préparent des desseins moins pacifiques. “Nous empêcherons le président-candidat de fouler le sol de Kabylie.”
Du côté d’Abrika et de ses partisans, le ton est aussi à la menace. “Nous interdirons à Bouteflika de venir à Tizi Ouzou, mais nous ne ferons rien pour les autres car, de toute manière, ils n’ont pas de bases”, rétorque Mustapha Mazouzi.

Belaïd Abrika ne veut pas trop avancer sur le sujet. “Nous organiserons un conclave avant le jour du scrutin pour décider si nous empêcherons le vote physiquement ou pas.”
Quoi qu’il en soit, il est pratiquement acquis que la population ne se laissera pas, cette fois-ci, dicter sa conduite le jour J.

D’ailleurs, il n’est pas sûr du tout que l’appel à la grève général, lancé par le groupe des dialoguistes, reçoive un large écho chez la population de Tizi Ouzou.
Il est même possible que le meeting d’Abrika soit fortement perturbé. L’arroseur sera donc arrosé.

S. H.

Gros plan politique sur la région

L’enjeu des voix de la Kabylie

Les candidats, Ali Benflis, Abdelaziz Bouteflika Louisa Hanoune et Saïd Sadi, se disputeront âprement les voix de la Kabylie, avec bien entendu une longueur d’avance pour le candidat de l’opposition démocratique, le président du RCD.
Gros plan politique sur la Kabylie qui s’apprête à vivre, à partir d’aujourd’hui, une campagne électorale inédite et visiblement porteuse de dérapages et autres dérives. Les candidats en lice comptent influer sur le comportement électoral de la région qui vote traditionnellement démocrate. D’ailleurs, le président du MRN, Abdellah Djaballah, n’a pas inscrit dans son programme de campagne la Kabylie, dont l’électorat lui est par définition réfractaire.

Si le candidat Fawzi Rebaïne ne s’est pas manifesté jusque-là sur le terrain politique, les autres candidats, Ali Benflis, Abdelaziz Bouteflika Louisa Hanoune et Saïd Sadi, se disputeront âprement les voix de la Kabylie, avec bien entendu une longueur d’avance pour le candidat de l’opposition démocratique, Dr Sadi, dont le parti, le RCD, est fortement implanté dans cette région bastion du combat pour les libertés et la citoyenneté. C’est pour cela que le présidant-candidat travaille à neutraliser l’électorat kabyle pour qu’il ne tombe pas dans l’escarcelle de ses adversaires, et en premier lieu, Saïd Sadi. Pour ce faire, on ameute les clientèles du pouvoir appelées à s’agiter pour donner l’illusion d’évoluer en terrain conquis, alors que, parallèlement, les archs dialoguistes empêchent par la violence les activités du RCD. Le maître-d’œuvre du rejet de la présidentielle semble être le clan présidentiel puisque cela arrange parfaitement les affaires du président-candidat.

D’ailleurs, lors de sa prestation télévisée de lundi dernier, Bouteflika, en réitérant son refus d’officialiser tamazight, voulait certainement donner du carburant aux partisans du rejet de l’échéance du 8 avril. De plus, sa volonté de clore la campagne électorale à Tizi Ouzou participe de cette logique de pourrissement que le pouvoir n’a fait qu’entretenir et reproduire depuis trois années maintenant.

Car, l’enjeu du rejet de la présidentielle réside justement là : neutraliser l’électorat de la Kabylie, de la Kabylie uniquement ; c’est - tout le monde l’aura compris - la meilleure manière d’aider Bouteflika à se maintenir au pouvoir. Les partisans de Bouteflika, même s’ils forment une sorte de conglomérat hétéroclite, dirigent la “baraque” électorale au profit du Président-candidat, sans être inquiétés.

Les supporters de ce dernier n’hésitent pas d’ailleurs à s’agiter avec le zèle que l’on connaît aux opportunistes.
La preuve, ils mènent campagne comme dans une course à la soupe-party. La candidate Louisa Hanoune compte occuper le terrain avec les moyens du bord. Le FLN, pour sa part, semble serein dans sa démarche.

Les partisans de Benflis ont affûté leurs armes en prévision de la campagne qui débute aujourd’hui. Outre l’ouverture de permanences au niveau des communes, un programme de meetings et de caravanes de proximité dans les quartiers et village a été arrêté. Les militants du FLN comptent ainsi animer des meetings dans chaque commune, que ce soit à Tizi Ouzou, Béjaïa ou Bouira. Le candidat Benflis entamera la campagne électorale, aujourd’hui, dans la wilaya de Bouira.

La mouhafadha de Tizi Ouzou a prévu pour demain trois meetings à Larbaâ Nath-Irathen, Sidi Naâmane et Frikat. Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a déjà bien huilé sa machine électorale. Une assemblée générale des militants est prévue pour aujourd’hui à 10h au Bâtiment bleu de Tizi Ouzou. Les militants auront à peaufiner le programme de campagne qui sera entamée sur les chapeaux de roues. Des activités sont programmées dans toutes les communes de la Kabylie. À Béjaïa et à Bouira, les structures locales du RCD mettent les bouchées doubles pour mener campagne au profit de Saïd Sadi. Celui-ci sillonnera toute la région puisque les quatre wilayas de la Kabylie -Tizi Ouzou, Béjaïa, Bouira et Boumerdès- figurent dans son agenda électoral.

C’est ainsi que le candidat de l’opposition démocratique consacrera deux jours pour Tizi Ouzou et Béjaïa et une journée pour Bouira et Boumerdès. De la sorte, il compte bien mettre en échec le plan qui consiste à neutraliser l’électorat kabyle.

Yahia ARKAT

Ouyahia appelle les archs au dialogue

Manœuvre ou diversion ?

Dans un communiqué rendu public, hier, le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, a invité le mouvement citoyen des archs à reprendre le dialogue pour la mise en œuvre de la plate-forme d’el-kseur. Selon le même communiqué : “le mouvement citoyen des archs a répondu favorablement à cette invitation pour arrêter les actions à entreprendre pour sa rapide concrétisation”.

Le chef du gouvernement et les représentants du mouvement citoyen des archs se sont concertés pour relancer le processus de mise en œuvre de la plate-forme d’el-kseur déjà entamé, lors des rencontres de janvier et février 2004, a ajouté le communiqué qui annonce que le chef du gouvernement invite le mouvement citoyen à dépêcher ses représentants pour le rencontrer et poursuivre le processus de mise en œuvre de la plate-forme d’el-kseur. Contacté par nos soins, Hamouche Djoudi, délégué de Semaoune (wilaya de Béjaïa), a démenti cette information en présentant des arguments prouvant l’impossibilité de reprendre le dialogue dans le contexte actuel. “Cela me paraît invraisemblable pour plusieurs raisons. D’abord, ce n’est pas le moment de penser à une éventuelle reprise du dialogue, car nous sommes à la veille d’une campagne électorale. Ensuite, on ne peut pas reprendre langue avec un chef du gouvernement qui, en même temps, fait campagne pour un candidat (Bouteflika) dans une élection que nous rejetons et que nous appelons à boycotter.

Enfin, “si Ahmed Ouyahia a pu inviter les archs à une reprise du dialogue, il me paraît improbable que les archs acceptent une telle proposition. nous avons l’habitude de prendre nos décisions en conclave et après consultation de la base”, a déclaré ce membre du mouvement citoyen qui a fait partie de la délégation qui a discuté avec le chef du gouvernement en janvier dernier.

Mais au-delà de cette tentative de brouiller les pistes dans une Kabylie tourmentée depuis déjà trois ans, il s’agit de savoir quelle serait la finalité d’un dialogue si dialogue aurait lieu bien entendu, lorsqu’on sait que ce même dialogue avait échoué en raison du refus du pouvoir de constitutionnaliser tamazight ? Le président l’a réitéré, lundi soir, à la télévision, en affirmant la nécessité d’un référendum populaire pour régler la question.
Alors que cherche le chef du gouvernement à travers cette énième invitation au dialogue ?

Salim Tamani

BELAID ABRIKA
“Je ne suis concerné ni de près ni de loin”
“Le mouvement citoyen n’a pas reçu d’invitation pour qu’il réponde favorablement et il n’a pas réuni les structures pour se positionner”, a déclaré, hier, en fin de soirée Belaïd Abrika, porte-parole de la CADC. Et d’ajouter : “Je ne suis concerné ni de près ni de loin par la teneur du communiqué du Chef du gouvernement. Je précise encore une fois que la délégation des 24 est dissoute et n’a aucune prérogative de prendre attache ou langue avec le représentant de l’État.”

R. N.

IL A ÉTÉ LANCÉ POUR AUJOURD’HUI PAR L’AILE DIALOGUIStE DES ARCHS

L’appel à la grève peu entendu

Le début de la campagne électorale pour l’élection présidentielle, fixé pour aujourd’hui, est marqué à Tizi Ouzou par trois appels antinomiques : un appel à la grève, lancé par l’aile des archs qui prône le rejet de l’échéance électorale, un autre lancé par les non-dialoguistes et les commerçants de Tizi Ouzou qui se disent “non concernés par cette grève”, et un troisième, appelant à faire preuve de sagesse et de vigilance et à déjouer les manœuvres sournoises qui s’attellent à plonger la région dans la violence et le chaos.

L’ambiance qui régnait, hier, dans la ville de Tizi Ouzou, renseigne sur la tension qui anime la scène politique et constitue un indice fort de ce que sera la campagne électorale en Kabylie.

Pendant qu’un groupe s’était lancé, hier matin, dans l’affichage des appels à la grève et la distribution de tracts dans une partie de la ville, un autre groupe distribuait et collait des appels dénonçant cette action dans l’autre partie de la ville.
Les deux groupes antagonistes ont fait aussi du porte-à-porte pour inviter, chacun de son côté, les commerçants à suivre leurs mots d’ordre respectifs. Les commerçants qui ont publié, hier, par le biais de leur association (Accto), une déclaration à travers laquelle ils ont opposé leurs refus de suivre le mot d’ordre de grève, ont exprimé aussi une certaine inquiétude quant à d’éventuels représailles à leur encontre. Les citoyens, quant à eux, semblent ne savoir plus sur quel pied danser. La question de la grève était dans la bouche de tous les citoyens qui s’arrêtaient un moment devant les affiches collées aux murs.
Concernant les autres localités de la wilaya, le mot d’ordre de grève ne semble pas emballer grand monde. Le nombre de déclarations rendues publiques pour dénoncer l’action d’aujourd’hui est fortement significatif. Après celle de l’aile non-dialoguiste qui représente au bas mot une trentaine de coordinations, vient celle des coordinations d’Ath Zmenzer et de Aïn El-Hammam qui prônaient, depuis la division des archs, la neutralité et la réconciliation, pour dénoncer l’appel à la grève.

SAMIR LESLOUS

Campagne électorale premiers accrocs à Béjaïa

La bataille électorale s’annonce très chaude à Béjaïa. Hier, déjà, à la veille du coup d’envoi officiel de la campagne électorale, la scène politique bougiote a enregistré ses premiers accrocs, puisqu’un groupe de délégués de la CICB appartenant à l’aile dite “dialoguiste”, qui voulait animer dans l’après-midi un meeting à la Place du 1er-Novembre (ex-place Gueydon), s’est vu pourchassé par les citoyens de la ville des Hammadites. Il était environ 16 heures, lorsque ces délégués favorables au dialogue ont dû déguerpir sous les clameurs des nombreux citoyens qui les sommaient de quitter les lieux, en les invitant à aller “empêcher Bouteflika de venir à Béjaïa”.

Ce précédent vient confirmer la thèse affirmant que les délégués “dialoguistes” deviennent de plus en plus indésirables en Kabylie.

Certains observateurs locaux estiment que cette action des archs dialoguistes vise à déstabiliser moralement les partisans et l’électorat du Dr Sadi, étant donné que la permanence électorale du candidat du RCD est située à quelques mètres de la placette qui devait abriter le meeting des “dialoguistes”. Les militants du RCD, tout comme les responsables de campagne du candidat Saïd Sadi, se montrent très confiants quant à la réussite de leurs actions sur le terrain et se déclarent mobilisés et prêts à mener “une campagne offensive”.

Le portrait du candidat Saïd Sadi est déjà placardé un peu partout, hier, dans la ville de Béjaïa. Un affichage annonce également la tenue de la première conférence-débat du RCD, prévue, aujourd’hui, à partir de 14 heures, au Théâtre régional de Béjaïa (TRB). C’est l’ancien député RCD de la wilaya de Tizi Ouzou, Nourdine Aït Hamouda, qui devra animer cette conférence.

À la permanence électorale de Bouteflika, fraîchement ouverte dans un immeuble sis à la cité Séghir, le préposé à l’accueil donne l’air d’un homme dépassé par le travail qui l’attend. Le directeur de campagne de Bouteflika, un certain Zerguini, auquel nous avons demandé une entrevue, ne s’est pas gêné à nous renvoyer bredouille, sous le prétexte qu’il allait présider une réunion “très importante” ! Vu la situation stratégique du local abritant cette permanence qui donne sur l’artère principale de la ville des Hammadites, le quartier général d’Ali Benflis ne cesse d’attirer, à longueur de journée, l’attention des passants qui contemplent cette imposante vitrine sur laquelle des portraits du candidat du FLN ainsi que des affiches relatant la vie et le parcours de ce dernier, sont suspendus.

Pour sa part, le RND de Béjaïa, qui semble vouloir s’impliquer en faveur du président- candidat, organisera demain un meeting populaire au TRB, qui sera animé par le secrétaire général du parti, Ahmed Ouyahia. Par ailleurs, il faut noter que la plupart des citoyens que nous avons rencontrés ces derniers jours à Béjaïa sont unanimes à laisser entendre que “cette fois-ci, le vote aura lieu en Kabylie”, arguant que “l’option de rejet ou de boycott n’arrange nullement cette région qui a trop souffert”.

Souhila Hammadi, Liberté