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Une conférence du RCD tourne à l’émeute à Sidi-Aïch

mercredi 24 mars 2004, par Hassiba

La conférence que devaient donner Nordine Aït Hamouda, Mouloud Lounaouci et Rabah Boucetta, responsables du RCD, hier, à 16h, à Sidi-Aïch, a tourné à l’émeute.

A 14h, heure de notre arrivée dans cette localité, la tension dans l’air était déjà presque palpable. Tout le monde appréhendait le pire et s’attendait à ce qu’il se passe “quelque chose’’ au vu de l’incident de jeudi dernier, lorsque des inconnus s’en sont pris au siège du RCD pour le livrer aux flammes.
Depuis, un bras de fer et une guerre des nerfs opposent des animateurs du mouvement citoyen aux responsables de ce parti.

En ville, toutes les conversations étaient centrées sur l’événement du jour et tous les pas convergeaient vers cette salle de cinéma, en direction de laquelle on jetait des regards anxieux ou curieux. Vers 15h30, de petites grappes d’adolescents ont commencé à se former dans l’artère principale à proximité du cinéma qui devait abriter la manifestation électorale, puis un groupe d’une quarantaine de jeunes, encadrés par deux adultes, s’est détaché pour se poster en face de la salle de cinéma.

Ils commencent alors à scander des slogans hostiles à l’élection présidentielle tout en traitant les partisans du RCD de tous les noms d’oiseaux. Flairant le début éminent d’émeute, les commerçants alentours s’empressent de baisser rideau avant de se mettre à l’abri. Dans la salle, la tension est montée de plusieurs crans. L’assistance est clairsemée, Nordine Aït Hamouda, le conférencier, n’est pas encore arrivé, mais on s’apprête à entamer la projection vidéo prévue au programme de l’après-midi.

Dehors, la foule d’opposants au meeting grossissait à vue d’œil et les premières pierres n’ont pas tardé à fuser. Une, puis deux, puis trois... Les policiers en faction devant la salle de cinéma restent stoïques. Pas très longtemps, car c’est bientôt à un déluge de projectiles qu’ils doivent faire face. Armés de boucliers antiémeutes et de fusils lance-bombes lacrymogènes, des renforts policiers sortent du commissariat le plus proche.

Une sortie accueillie avec “joie” par les centaines de jeunes qui ont, à présent, afflués sur les lieux et qui se disent nostalgiques des années de braise du Printemps noir. Les premières détonations sourdes des bombes lacrymogènes achèvent de rameuter le reste de la ville. C’est le signal entendu et attendu par des nuées de jeunes qui quittent leurs écoles et leurs lycées à cette heure précise et qui “montent au front” armés de pierres ramassées en cours de route.

En un clin d’œil, le centre-ville a changé d’aspect. Un décor d’émeutes est planté avec une atmosphère qui empeste le gaz, des routes jonchées de pierres, d’objets hétéroclites, de pneus incendiés et de camps retranchés derrière des boucliers ou des barricades de fortune. Les automobilistes qui arrivent de part et d’autre rebroussent chemin en enclenchant la marche arrière à toute vitesse et tout le monde s’empresse de se mettre à l’abri d’un mauvais coup. Un vieux monsieur, accompagné de sa famille et qui essayait de rejoindre son domicile au milieu de ce tohu-bohu infernal, lâche ce commentaire désabusé : “Voilà le retour de la m... !”

Même avec l’aide d’un véhicule de troupes blindées qui sillonne l’artère principale, les policiers ont fort à faire pour contenir les assauts juvéniles qui les bombardent de toute part. Ils sont pris entre non pas deux feux mais quatre, car le cinéma et le commissariat sont situés au lieudit Les Quatre Chemins. Ils doivent alors riposter avec les mêmes “armes” que leurs adversaires pour épargner leurs bombes lacrymogènes car, de l’autre côté, l’arrivée de renforts considérables fait penser que les hostilités aller se prolonger tard dans la nuit.

L’échange, intense dure près d’une heure et demie avant de baisser en intensité vers 17h30. Selon ce que nous avons pu constater en allant d’un “front” à l’autre dans la ville, il n’y a pas eu de blessés graves à déplorer, exception faite de ce brave père de famille qui rentrait chez lui encombré de ses couffins et qui s’est pris une pierre perdue sur la tête. Un dommage collatéral que les policiers ont tôt fait de prendre en charge et d’orienter vers l’hôpital. Vers 18 heures, au moment où nous quittions la localité, le centre-ville retrouvait peu à peu son calme. Il n’y avait plus que de petites escarmouches entre les policiers et les émeutiers.

La conférence que devait organiser le RCD était attendue, car elle avait valeur de test. Si elle se passait sans encombres, cela allait immanquablement pousser les candidats à la présidentielle à s’enhardir et à tenter d’autres sorties dans la région. Si, au contraire, elle tournait au vinaigre, elle pourrait inhiber bien des volontés

D.A., Liberté