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Une foultitude de soutiens contradictoires

Présidentielle 2004

mardi 9 mars 2004, par Hassiba

Pour Bouteflika, c’est la ligne droite. En apparence, le terrain lui est entièrement balisé par des soutiens dont la multiplicité frappe l’esprit. Mais qu’une rapide lecture révèle hétérogènes et même contradictoires. Ce n’est plus le consensus orchestré par l’armée en 1999. De ce point de vue, la donne a changé. Ce que confirment, sans hésitations, tous ses propres rivaux. Y compris ceux qui cohabitent dans “le front antifraude”.
Stratégique, tactique et ou naturel, le mouvement pour la réélection de Bouteflika paraît, de visu, comme une compilation de sigles dont il est à se demander quel sera le degré de convergence demain lorsqu’il s’agira de procéder au partage du gâteau. Car, ne bénéficiant plus des conditions exceptionnelles de son premier mandat, il sera difficile à Bouteflika de se défausser de ses soutiens. Beaucoup parmi eux l’ont, d’ores et déjà, fait savoir.

La coalition partisane qui a choisi de crapahuter pour lui a plutôt l’air d’une auberge espagnole. Le mariage, entre la version redressée du FLN, le RND et le MSP, n’est pas si viable que ne le jurent Belkhadem, Ouyahia et Soltani. Leurs différences sont trop flagrantes pour être dissolues. Il n’y a qu’à fouiner du côté de leurs adhérents basiques. Les redresseurs ne comprennent toujours pas pourquoi ils doivent partager avec d’autres le fruit de leurs entourloupettes. De plus, eux-mêmes n’arrivent pas à accorder leurs violons. La bataille fait rage pour les désignations à la chefferie.

Ouyahia se voit reprocher par des siens une convergence incompatible avec des islamistes. Chez Soltani, beaucoup, lassés par un entrisme qui leur “a fait perdre leur âme”, ont claqué la porte. Chez les comités de soutien, c’est le même état d’esprit. Le pays est fleuri de permanences à l’effigie de Bouteflika, mais on ne s’y bouscule pas pour autant.

Par contre, chaque fois qu’il faut désigner un chef, c’est la foire d’empoigne. Comme si le seul attrait était la possibilité de grimper dans la hiérarchie pour empocher le jackpot ! Les associations, qui ont rejoint le train Bouteflika, pour la plupart, n’ont pas d’autre existence que leur agrément administratif. Les wilayas et le ministère de la solidarité se sont dépensés pour mobiliser, mettant en œuvre le robinet des subventions.

Pour donner l’illusion d’un ras-de-marée, leurs responsables se sont groupés en “alliances” pour se compter en centaines et en milliers. Les sept organisations patronales qui se sont prononcées pour Bouteflika sont régulièrement traversées par des turbulences découlant de luttes pour le fauteuil et la proximité avec les responsables économico-financiers. Le soutien de l’association des membres du Conseil national de transition a le mérite d’être accompagné par une offre de services. Les parlementaires désignés par décret (à l’époque de feu Mohamed Boudiaf), qui n’ont jamais caché l’ambition de se voir appliquer le statut de député à la retraite, ont rappelé qu’ils restent toujours en réserve de l’Algérie, qu’ils sont prêts à répondre à son appel !

Quant aux partis sigles, une bonne quarantaine, la commission politique de contrôle des élections va les embaucher. Comme d’habitude, leurs observations seront un gage pour justifier leur existence de partis sans adhérents et pour faire passer la pilule. Installée dans “l’opacité”, cette commission a beau avoir exclu l’administration de ses rangs, est toujours suspecte aux yeux des rivaux de Bouteflika.

Le soutien de l’UGTA à Bouteflika ? Au-delà de son aspect cocasse, après deux années de bras de fer et d’invectives incendiaires sur le néolibéralisme version Bouteflika, Sidi Saïd s’est aligné. Au motif que c’est “le programme qui répond le mieux aux attentes du monde du travail”. L’Ugta n’est pas à un discrédit près, comme il est dit dans le monde du travail.

Sa prééminence, elle ne la doit qu’au pouvoir qui continue d’en faire son unique interlocuteur, alors que le terrain syndical est entre les mains d’organisations autonomes.

Pour arrêter la grève qui a paralysé l’enseignement secondaire, le gouvernement s’est vu contraint de négocier directement avec le CLA et le Cnapest, qu’il ne reconnaît toujours pas. la Fnte de l’Ugta ayant fait la preuve de leur inefficacité. La famille révolutionnaire institutionnelle, qui a pris la même voie que Sidi Saïd, est également dans de mêmes draps. Beaucoup de ses organisations sont frappées de suspicion. Tant et si bien que leurs responsables ne respectent même plus leur calendrier organique, de crainte de se voir débouter.

La plupart des organisations satellites du FLN ont subi des manœuvres sécessionnistes pour les atteler au train Bouteflika. La “famille révolutionnaire”, qui a perdu même ses attraits symboliques, est épaulée par des zaouïas qui ont refait surface depuis que Bouteflika les fréquente assidûment. Mais, les élections ne se jouent pas dans les campagnes et l’électorat islamiste est plutôt méfiant à l’égard de cet islam populaire que, par ailleurs, il qualifie de folklorique.

Une consigne de vote proférée par des organisations qui, à l’évidence, fonctionnent comme des coquilles vides, n’a aucun sens. Sauf à incruster dans le subconscient des électeurs l’image d’une déferlante et, en cas de nécessité, à justifier un bourrage des urnes. Exhortant les électeurs à la vigilance, Benflis et Sadi crient au hold up électoral, assurant que, de leur côté, ni ils ne se tairont ni ils ne baisseront les bras.

D.B., Liberté